Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Publié le par Serge Hardy

« ring, ring, it’s 2 am » aurait pu chanter Joe Strummer. Un bon bol de « kacha » (allez, un litre, on ne mégote pas…) dans l’estomac et nous voilà partis. On suit la trace de la veille et on arrive comme ça au pied de cette face Sud. Assez vite on commence à brasser dans une bonne couche de neige ; plus on monte et plus ça devient pénible. Les sacs sont lourds de matériel technique et de nourriture.

Il faut rester sur la gauche du couloir : les gros séracs qui font de cette première journée la plus exposée de toutes sont situés à droite. Rhaaaa, les bulldozers patinent dans la neige. Je passe au dessus d’une bande de rochers, toujours sur la gauche, et c’est un peu « moins pire ».

Et pan ! D’un coup ça vire technique : passages de glace accrochés au rocher, un peu de mixte ; tout ça suspendu au dessus de 30 mètres de vide. Juste avant le « crux » du jour (passage en dry ; allez M3/M4, pour ceux à qui ça dit quelque chose), je pose une broche et brrrouuuum, l’énorme sérac de droite abandonne à la pente une partie non négligeable de lui-même. Ambiance genre « Est-ce que vous aimez le rock’n roll ? »

Je ne fais pas trop le malin : avec le gros sac sur le dos, les quelques millimètres d’acier des pointes des piolets et crampons qu’on ancre dans les petites fissures du rocher semblent encore plus petits.

Passé ! Une broche en sortie, je remonte de quelques mètres dans le gros glaçon suspendu qui suit et lorsque ça se couche un peu « boum, boum », relais sur deux broches. « Belay ! » , allez Serguei c’est à toi.

Filou que je suis, je suis bien à mon aise pour voir la tête du copain dans le petit passage tendu... Commentaires : « Ah ben je vois pourquoi d’un coup ça n’avançait plus… Euh, il est solide ton relais ? » Passées ces considérations philosophiques, le Sergueï enquille ça assez tranquille.

Et ça recommence dans de grandes pentes de neige foireuse… A droite, à gauche, tout droit ? On rêve de quelque chose qui tienne un peu sous le pied, qui permette d’avancer, mais non, c’est toujours la même chose. Répéter sans cesse ces gestes de manutentionnaire : pousser la neige avec les genoux, monter sur le petit tas ainsi réalisé et… recommencer. Surtout ne pas forcer, ne pas s’énerver, garder une cadence régulière : le travail à la chaine version montagne.

Petit à petit, on avance. Sergueï passe devant : changement de char d’assaut… Le soleil commence à cogner sur la pente et c’est l’heure du bombardement. On se cale sous un petit sérac sympathique, on accroche tout et… c’est parti pour la sieste. Notre camp 2 n’est plus bien loin, mais dans cette neige, plus bien loin, ça peut bien durer une heure : largement le temps de se prendre une des coulées qui balaient maintenant la face. Le soleil baisse et ça se calme ; c’est instantané. Alors on redémarre les machines… Comme le temps change vite ! Il se met à neiger et… les coulées repartent : en guise de bienvenue au camp 2, le Khan nous en met d’ailleurs une belle en pleine poire… Bon, ce n’est que de la neige fraîche, sans gros blocs massacreurs, juste pour faire peur quoi : quel farceur ce Khan !

C2, 5300 mètres : victoire on y est !

Nous avons repéré ce petit nid d’aigle depuis plusieurs jours déjà : une bonne petite crevasse, avec un toit en forme de visière de casquette. Là dedans on est tranquilles ; ça me rappelle un des bunkers de la dernière guerre, du côté de la pointe Saint-Mathieu : du costaud, fait pour durer… Oui, mais ceux qui ont construit ces bunkers n’ont pas gagné la guerre…

Allez, on monte la petite tente. Il y a juste la place pour deux, et encore, en dormant tête-bêche, alors tout le matériel et les sacs dorment à la belle étoile. Check météo : pas de grand changement. SMS à ma chérie : « journée plus dure que prévue, plein d’avalanches, mais on est à C2 5300m super sécu, bonne nuit, bises ». On mange et plouf dans le duvet ; réveil programmé à 3 heures et on voit si on bouge en fonction de la situation…

La nuit le grondement des avalanches devient continu : on dirait une bête en colère le Khan. J’ai bien chaud dans le duvet, et, au vu du raffut au dessus de nos têtes, la grasse matinée se profile : ça m’étonnerait qu’on bouge demain ; alors que la montagne est en plein déménagement. Je vire les bottes internes et les chaussettes : zzzzzzzzzzzzzzzzzz.

Commenter cet article

Catégories

Articles récents

Hébergé par Overblog