Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Publié le par Serge Hardy

Je dors, et on m’appuie sur le côté… Sergueï, tiens toi donc tranquille ! Mais non, c’est l’autre côté ! Alerte, avalanche ! La neige vient de percuter notre petite habitation ! Sergueï sort le premier : je lui mets ses sur bottes. Il vire la coulée de neige qui enfonce le côté de la tente ; « ça va, ça va »… et immédiatement, une deuxième coulée nous assaille. Je suis coincé dans le duvet ; j’arrive à enfiler une sous botte, je tire comme un damné sur une chaussette mais rien à faire : cette saleté est coincée sous la masse de neige. Il faut sortir, et vite ! Sergueï m’attrape sous les épaules et m’extirpe de là. Je me retrouve dehors, en caleçon, une sous botte à un pied et l’autre nu, en pleine tempête, à 5300 mètres. Il est deux heures du matin…

On n’y voit rien ; les frontales sont bloquées dans la tente. On met de côté ce qu’on peut attraper : un piolet, un casque, le duvet de Sergueï et miracle… ma deuxième sous botte (merci copain !) et une paire de chaussettes. Voilà c’est tout ; il n’y a plus qu’à attendre le jour, terrés comme des rats dans le fond de leur trou.

Et le jour se lève, un peu avant cinq heures… C’est une longue journée qui commence. On se relaie : un qui taille des blocs de neige, et l’autre qui les balance dans la pente. Ca en a remis une bonne couche quand même ; on essaie de sonder avec le piolet mais c’est bien trop court. Nous n’arrêtons pas : l’avantage, quand on n’a rien à manger, c’est qu’il n’y a pas besoin de faire de pause…

Pendant ce temps d’autres petites coulées font disparaître le duvet de Sergueï ; elles nous attaquent dans le dos, ces traîtresses.

Le jour décline vers 20h30. Toujours en sondant, on croit sentir quelque chose ; allez on creuse encore. Yaouuuh ! un bout de tissu orange apparaît : la tente !! Mais dans cette affaire ce n’est pas parce qu’on voit la tente que l’affaire est réglée. A deux heures du matin, nous avons réussi à dégager le sac à dos de Sergueï, plein de matériel technique (friends, coinceurs, matériel d’artif…) et à sortir mon duvet de la tente. Toujours pas de réchaud, pas de lampe, pas de radio, pas de nourriture, et pas de sur bottes pour bibi… On n’y voit plus rien, il faut arrêter.

Pendant plus de 21 heures nous nous sommes battus comme des chiens, et les heures qui suivent ne vont pas être reposantes. On se tasse dans un coin, dans le fond de la crevasse, à deux dans le duvet rescapé. Il fait très froid ; on se serre dans nos bras, comme deux frères d’une même portée.

Commenter cet article

Catégories

Articles récents

Hébergé par Overblog