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Publié le par Serge Hardy

RETOUR A LA VIE !

Dimanche 21 juillet : on s’arrache de là !

Ca fait cinq jours (et cinq nuits) qu’on passe hors de ce petit paradis plus ou moins civilisé qu’est le camp de base. C’est ce qu’on appelle la phase d’acclimatation. Le principe en est assez simple : on monte suffisamment haut pour se rendre malade et quand ça va mieux… on monte plus haut ! Ca vous démolit même les plus actifs des hyperactifs ce truc là…

Mais quand arrive l’heure tant attendue de la retraite, alors là on se réveille : au camp 3 je sors de mon duvet à 2h30 pour un départ prévu à 4 heures. Après cette phase où on a l’impression de sauter tout nu dans le congélateur, me voilà en train de m’agiter autour du Sergueï qui dormait dans la « chambre » située près de l’entrée de la grotte de neige. Ce qui fût un privilège dans la journée (plus de lumière et de chaleur) se transforma en un supplice pendant la nuit neigeuse et ventée… Sergueï dût livrer bataille contre le « général hiver » qui semblait bien décidé à l’enfouir sous un bon paquet de neige. «Hourra » la bataille fût gagnée par notre Sergueï qui appliqua de lointains souvenirs de ses études d’ingénieur en bâtiment à la situation, et réussit à barricader ce maudit trou avec sac, pelle et tout ce qui lui passa sous la main.

Petit déj vite fait, et nous voilà tout équipés, tels des taureaux d’arène, le museau face à ce trou noir au-delà duquel souffle l’hostilité du monde. Les deux Polonais qui veulent descendre avec nous nous ont rejoints… On se retrouve dehors, face à la pente et vrrrroum c’est parti ; je suis Sergueï sans y voir grand-chose. J’entends juste derrière moi un « kourva mats !(1) » retentissant… signe de reddition de nos amis polonais qui retournent se coucher.

On s’y retrouve tant bien que mal dans cette obscurité neigeuse et on finit par arriver au camp 2. L’équipe qui monte au camp 3 poser les cordes fixes de la voie normale dort encore.

Le passage de dit de la « bouteille »(2) est franchement peu engageant : on n’y voit rien, mais suffisamment pour se rendre compte que les pentes menaçantes qui surplombent ce passage sont plus que chargées. On hésite… allez on descend un peu, pour voir… en fait on ne voit rien du tout ; Sergueï n’est pas chaud pour se lancer là dedans et… moi non plus ! Ca nous vaut un rétropédalage jusqu’au camp 2 : plus facile de descendre que de monter dans cette neige où on s’enfonce jusqu’à la taille !

Invasion d’une petite tente laissée par deux autrichiens, et on attend. Sergueï dort, et entre ses ronflements et les gargouillis de mon estomac qui rappelle à mon cerveau les promesses de petit déjeuner au camp de base que celui-ci lui à faites, je commence à trouver le temps un peu long.

Tien un bruit qui n’est pas celui d’une avalanche ! Ca réveille Sergueï : c’est le bruit de l’hélico qui dessert le camp de base, là bas à quelques kilomètres à peine… Si l’hélico vole, c’est qu’il fait beau à l’ouest… et que pour nous la situation va s’améliorer… et ça marche !

Un vague rayon de soleil et nous sautons dans la bouteille, direction camp 1. Ah la bonne idée que j’ai eue de mettre un pantalon en duvet sous celui en gore-tex : ce qui était confortable dans la nuit froide ne l’est maintenant plus du tout. La chaudière passe dans le rouge ! J’arrive au camp 1 avec la sensation d’être en ébullition de l’intérieur.

Allez un dernier petit run sur le glacier (ça va bien mieux sans le duvet !) et nous voilà au camp de base. Direction les cuisines, où on nous gave littéralement, puis la « douche » et on repasse à table une heure après en être sortis. La bête est repue, mais la soirée ne s’arrête pas là : tout ça se finit vers une heure du matin en liquidant des bouteilles de cognac Kirghize (pas mal du tout…) en compagnie de Gleb Sokolov(3), qui nous raconte (en russe, je ne comprends pas tout !) les grands moments de sa vie d’alpiniste.

Une journée bien remplie s’achève…

  1. : Juron Polonais bien connu, dont nous ne dévoilerons pas ici la teneur, par respect pour nos parents…
  2. : la bouteille est le passage redouté de la voie normale du Khan Tengri ; situé entre le camp 1 et le camp 2 ce passage est fort exposé aux avalanches et chutes de sérac en provenance du pic Tchapaev.
  3. : Gleb est un himalayiste russe très connu ; par ailleurs photographe de talent, il a participé à de nombreuses expéditions russes sur les plus hauts sommets du monde

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Jean-Mich 28/07/2013 16:01

Merci Serge de nous faire vivre ces moments forts ... envie d'y être un peu là bas ... un peu, non beaucoup !

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