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Publié le par Serge Hardy

La montre, comme un coucou déréglé, sonne à 3 heures… Siffle beau merle, nous on ne bouge pas !

Les autres nous ont laissé un réchaud et de quoi nous sustenter (largement !). Il reste à revenir au camp de base… Ce qui n’est qu’une formalité prend ici des tournures d’ultra-trail. On se partage la charge : la tente de C1, le sac à dos rescapé, les fringues et le duvet trempé pour Sergueï et la ferraille pour moi. C’est plus lourd pour lui, mais après tout, il pèse les 4/3 de mon poids l’animal… alors c’est juste !

J’ai du mal à tenir sur mes quilles ; mes petons sont tout gonflés… ce matin, autour du réchaud, ils ont pris une drôle de couleur : rouge-violacé jusque l’arrière des orteils ; et puis c’est redevenu blanc. Je rentre à grand peine dans les chaussures de rando que Sergueï avait laissées à C1 et tout doucement, mais vraiment tout doucement, je me mets en route vers le camp de base.

En fait il y a deux camps de base, gérés par deux agences différentes : évidemment le notre est le plus loin ! Je finis par passer le premier CB, avec sans doute une tête de zombie. 50 mètres plus loin je me pose sur un caillou ; une petite pause avant la fin…

Deux polonais me rattrapent, m’apportent de l’eau et discutent. « Mais qu’est ce que tu fais avec toute cette quincaillerie sur le dos ? » Je leur explique le projet d’ouverture qu’on avait dans la face Sud ; ils sont au courant. Je leur parle aussi des gelures aux pieds ; l’un des deux semble bien compréhensif… Il me montre ses mains et me parle du Makalu : toutes les premières phalanges des dix doigts sont amputées ! Monsieur a de l’humour !

Un petit bonhomme arrive de notre camp de base. C’est Avas, le médecin du camp ! Il amène une thermos de thé, des bombons et un sac à dos vide où, d’autorité, il fourre la ferraille que je trimbale. Là je me laisse faire… Il me prête ses bâtons et tout doucement, m’amène au camp.

Tania, la cuisinière, me serre dans ses bras et m’assoit dans la cuisine. Je sens bien que ses yeux sont pleins de larmes. Elle a décidé de me requinquer. Avas fronce les sourcils : « pas trop d’un coup, petit à petit… ». Il tourne le dos et Tania me dit « t’en veux encore ? »…

Avas me récupère alors que je commence à m’endormir dans mon assiette (vide !!). « Allez, tu vas me montrer tout ça ! ». Examen, questions… « allez file dans ta tente, j’arrive ». Ce médecin Ouzbek (Avas est de Tashkent) doit avoir des ancêtres communs avec Manu Cauchy, notre « docteur vertical » national. Il veille sur moi comme une mère poule, bricole des perfusions avec des tabourets retournés et du scotch, forme des infirmiers improvisés (celui qui a le malheur de passer par là est tout de suite réquisitionné !) en deux minutes, me pique dans le ventre, les fesses, les bras, m’apporte à manger toutes les deux heures et surveille que je ne m’échappe pas de ma tente (là ça risque pas !). Je ne sais pas combien de litres de Trental et d’antibiotiques il m’a collé dans les veines, mais c’est sûr, le sang y est devenu minoritaire.

Moi je serais bien resté me « refaire la cerise » au camp de base quelques jours… Avas est impitoyable : « demain il y a un hélico, tu le prends et tu es à Bishkek demain soir, là tu vas à un hôpital illico »

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