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Publié le par Serge Hardy

Un peu avant le jour, une nouvelle coulée nous tombe dessus : en fait notre abri se remplit petit à petit. Deux cônes se forment sur les côtés de la « visière de la casquette » et après, lorsqu’une coulée plus importante se produit, une partie arrive au milieu de l’abri.

Mais là tout notre travail de la veille est foutu : le gros trou que nous avons creusé a été rebouché en quelques instants… Il y a comme du découragement dans l’air…

Le jour se lève une deuxième fois ; il n’y a pas le choix, il faut reprendre le combat. La routine de la veille reprend : tailler les blocs, déblayer. L’énergie baisse, et on commence à ne plus rien voir. Ben oui, on n’a même pas de lunettes de soleil, alors quand ça cogne on est obligés d’arrêter. Même les pires des esclavagistes n’ont jamais utilisé des terrassiers aveugles… parce que ça ne marche pas !

Vers 11 heures ce n’est plus tenable. On se met dans la partie la plus ensoleillée ; il fait chaud. Je sors mes pieds des chaussons et des chaussettes ; je les mets au soleil ; je gigote des orteils… mais non les sensations ne reviennent pas. On s’affaisse dans la neige, on ferme les yeux… Je tiens une tasse de thé chaud dans la main ; il y a un demi-croissant aux amandes sur la table. Martine insiste : « c’est pour toi, j’ai déjà mangé ma part ce matin » ; je fais l’hypocrite « mais non, allez, on coupe en deux, si c’était ce matin, ça ne compte plus ». Une grosse guêpe entre par la fenêtre ouverte : vrrrrrrr…

Le bruit des turbines du MI8 (l’hélico qui dessert le camp de base) s’approche ; c’est déjà le début de l’après-midi . Et il apparaît, l’insecte, et il se place en vol stationnaire. On fait de grands signes. Mais cet insecte là ne peut rien pour nous dans l’immédiat : l’hélitreuillage, pour des raisons d’altitude, de configuration de la paroi et de puissance de la machine est ici impossible…

Dima, le chef du camp de base doit être dedans : il n’a pas de nouvelles depuis deux jours et il sait forcément que ça veut dire qu’il y a un problème. Normalement, Sergueï, qui s’occupe des vacations radio en fait plusieurs par jour ; une vraie pipelette… Dima, on l’aime et il nous aime aussi ; cet espèce d’ours au cœur en sucre d’orge a été un des formateurs de Sergueï quand il était petit (c'est-à-dire moins d’1m80). Allez Dima, pour toi, pour elles, pour eux et tous les autres, on va essayer de s’en sortir…

Le moral remonte, la lumière baisse un peu ; on l’aura cette tente, et tous les trésors qu’elle contient ! On recommence avec une énergie décuplée ; avec les ongles ou avec les dents, on va le creuser ce maudit trou !

Las, à 17 heures une troisième coulée remplit à nouveau notre trou. Cette fois c’est foutu ! Le conseil de guerre est vite réglé : évacuation ! Il faut descendre, on ne tiendra plus ici très longtemps… Quand ? Demain matin, dès qu’il fera jour…

Une troisième nuit commence. Il fait froid ; les avalanches grondent toujours en continu. Sergueï a trop froid ; il rentre dans le duvet, en ressort, tourne en rond pour se réchauffer. En ce qui me concerne je reste dedans en essayant de faire gigoter mes orteils que je ne sens plus depuis le début. Dans un demi-sommeil je sens une grosse coulée de neige qui me frappe dans le dos. Rhaaaaa, encore ?? Mais non ce n’est pas une coulée : Sergueï s’est endormi en marchant et m’est tombé dessus !

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