Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Publié le par Serge Hardy

Là nous sommes dans une cascade ; "Patri" que ça s'appelle.

Depuis ce matin on suivait tranquillement un couple de suisses ; c'était bien tranquille : des petits ressauts de glace, des pentes de neige, bref, digestion en douceur du plantureux petit déj ("Mais Serge, tu vas quand même pas manger tout ça ??"). Dans Patri il y a deux sorties : à gauche (un peu raide mais pas mal travaillé) et à droite (plus raide et peu travaillé). Pour l'instant, depuis le début de cette semaine de glace italienne, on n'a pas encore tapé dans la glace à 90°...

On n'est pas toujours très malin ! Mais qu'est ce qui m'a pris ?? Pourquoi que je suis allé à droite, au lieu d'attendre sagement mon tour au pied de la sortie de gauche ? Là je me suis collé dans un truc raide, et en plus j'ai failli assommer le Jean Mich avec un gros glaçon sournois qui, de rebond en rebond, a fini sa course... en plein sur son casque (tout cassé qu'il est, son casque...) !

Petite traversée, puis un endroit un peu stable : le neurone dédié a cet usage fait son office (bien calé sur tes pattes = mettre une broche). Je lève la tête : affreux !! Je suis dans un mur de glace raide, à 90°, qui file droit vers le ciel. Tout là haut, peinard assis sur son nuage, Saint Pierre est en train de feuilleter un grand registre "Voyons voyons, Serge Hardy, mais y'a tout un chapitre à ce nom là..."

Allez Sergio, t'es un héros ! Avec l'état d'esprit d'un pilote kamikaze fonçant sur un porte avions yankee, je m'embarque là dedans. A part ce problème, plus rien d'autre n'existe : le boulot, la situation politique, qu'est ce qu'on va manger ce soir ; pfuittt évaporés qu'ils sont tous ces problèmes ! Grimper, un pas... un autre. Ancrer le piolet assez loin, s'économiser, souffler. On est pas trop mal là ? Le neurone "broche" entre en action. Crotte, elle est pourrie cette broche ! Elle veut pas s'amorcer ; allez j'en prends une autre, clic clic, ne rien faire tomber surtout... Rhaaaa, là j'ai un bras qui commence à fumer, changement de main sur les piolets, souffler, souffler et souffler encore. Souviens toi de ceux qui t'ont tout appris "en cascade faut pas se mettre dans le rouge" ; enfin là ça vire orange bien mûr quand même ! Allez, brochage réussi; clic la dégaine, clic la corde, on se détend, on se détend... et ainsi de suite. Là, enfin un petit replat pas vraiment plat, mais moins raide quand même : souffler, souffler... ; brocher, brocher...

Autre mur raide en vue. Le fil qui relie mes yeux à mon cerveau lui transmet une précieuse information : sur la gauche ça forme une espèce de petit dièdre, et ça c'est plutôt une bonne nouvelle, par ce qu'un dièdre en glace, c'est comme un dièdre en rocher, on met un pied à gauche (le gauche !) et l'autre à droite (le droit, sinon ça se complique) et c'est comme miraculeux, ce qui était horriblement raide d'un coup devient plus humain ! Allez on passe par là alors ! Broche - dégaine -corde, puis on grimpe. Encore une broche et l'affaire se couche, attention à la sortie dans la neige pourrie quand même (ça serait franchement risible -pour les autres surtout ! - de se mettre une boîte là, alors que c'est la fin des difficultés).

Relais en vue ! Ouiiiiii, je suis ... vaché ! Je chope le talkie : "relais Jean Mich... sois fort !". La corde est reprise, mon compère est assuré. Je me colle une barre de céréales dans le bec (là il est cramé le petit déj !), et je lève la tête : il y a un chamois qui batifole dans la pente de neige qui commence à prendre le soleil.

On se regarde... on se sourit (si, si il a souri !), il y a comme une connivence qui vient de franchir la barrière d'espèce. ils ont du faire une faute d'orthographe dans le topo, les montagnes sont notre patriE.

Cogne : glaces à l'Italienne pour l'hiver
Cogne : glaces à l'Italienne pour l'hiver
Cogne : glaces à l'Italienne pour l'hiver

Commenter cet article

Catégories

Articles récents

Hébergé par Overblog